Sabine A. Fischer

Née en 1979 (Allemagne), vit et travaille à Reykjavík (Islande).

« Ce que je vois est ce que je vois est ce que je vois », affirmait l’artiste américain Donald Judd pour revendiquer une approche directe et non interprétative de l’art.
Mais que voyons-nous lorsque nous regardons, par exemple, une table IKEA : un meuble ? Du bois aggloméré recouvert de plastique ? Une marque ? Un produit du capitalisme néo-libéral ? Sommes-nous seulement capables d’y voir une simple table, en faisant abstraction de ses moyens de production et de distribution, de ses composants matériels ou encore du symbole que ces meubles iconiques sont devenus ? Comment se défaire de nos référents culturels lorsque nous approchons le monde qui nous entoure ?
Dans ses sculptures, installations et vidéos, Sabine A. Fischer tente de décortiquer les systèmes de pensée par lesquels nous appréhendons le réel. Avec humour et tendresse, elle se saisit autant de la philosophie que de la mythologie, de la fiction que de la science. Dans ses assemblages expérimentaux, l’intuition et le mécanisme d’association propre aux rêves deviennent une méthodologie de travail. Que se passe-t-il lorsque la matière (brute, naturelle, originelle) dialogue avec le matériau (manufacturé, transformé) ? Comme dans une quête des sources ou d’une essence idéalisée des choses, l’artiste confronte les registres, épure les formes, imagine des conversations, reproduit ses dessins d’enfants… et pourtant, la présence de chars militaires sur ces derniers ne laisse aucun doute sur l’impact précoce du contexte culturel, politique, symbolique sur le vécu humain.
Sabine A. Fischer chemine dans cette réflexion comme dans un jeu, où les pensées prennent forme dans des œuvres qui se veulent sans autorité. Elles proposent simplement un renversement des paradigmes, un changement de perspective.

Écrit par Isabelle Henrion.

www.adamsfischer.com

résidence

09.01.26 – 28.02.26

Résidence croisée Reykjavík,
à Clermont-Ferrand
en partenariat avec Nýlistasafnið (The Living Art Museum), l'Ambassade de France en Islande, l’Alliance Française Reykjavík et SÍM residency. Soutien financier de Ardian.

ouverture d'atelier

26.02.26, 18:30

Ouverture d'atelier,
à Artistes en résidence, la Diode, Clermont-Ferrand

Regarder la lune ou le doigt ?

Un adage connu désigne d'idiot·e la personne qui regarde le doigt au lieu de s'émerveiller de la lune pointée par le sage. Mais est-ce vraiment si idiot de considérer ce doigt tendu, et donc d'interroger la position – valorisée et souvent privilégiée – de cellui qui indique la direction, qui détient l'autorité ? Dans un monde traversé de tensions idéologiques, de manipulation des informations, de médiation technologique croissante, n'est-ce pas sain de tenir compte de l'ensemble du système de production et de diffusion des savoirs ? De ne pas se laisser aveugler par la brillance séduisante de l'astre, mais de s'assurer des motivations de celleux qui orientent notre regard ?
Les trois artistes réuni·es lors de cette sortie de résidence, Sabine Fischer (DE/IS), Valeria Limongi (IT) et Javier Gonzalez Pesce (CH), partagent cette curiosité pour les outils – techniques, scientifiques, spirituels comme idéologiques – qui façonnent notre vision et notre vivre-ensemble. Iels décortiquent les manières dont les humain·es créent du sens, et accordent une place importante au rôle que jouent nos sensations et nos vécus dans ces processus de connaissance et d'interprétation de soi et du monde.

Sabine A. Fischer

"A rose is a rose is a rose".
Alors que nous avions initialement introduit la pratique de Sabine A. Fischer par une phrase de Donald Judd ("What you see is what you see is what you see"), nous lui préférons aujourd'hui cette phrase similaire, mais certainement plus juste au regard de sa sensibilité, de Gertrude Stein. C'est cette autrice que l'artiste choisit d'ailleurs de citer dans la pièce (Cross-references).

Dans ses sculptures, installations et vidéos, Sabine A. Fischer décortique les systèmes de pensée par lesquels nous appréhendons le réel. Profondément féministes, les œuvres de Sabine A. Fischer se veulent sans autorité, proposant simplement un renversement des paradigmes, un changement de perspective. La répétition, selon Gertrude Stein, est une des manières de tenter de saisir les multiples réalités d'une même chose, de tourner autour pour s'approcher progressivement de son essence, forcément plurielle, faites de la somme de tous les angles de vue. Dans ses assemblages expérimentaux, Sabine A. Fischer met en dialogue la matière (brute, originelle) avec le matériau (manufacturé, transformé), nous interrogeant sur la nature de ce que nous regardons. L’intuition et le mécanisme d’association propre aux rêves sont une méthodologie de travail revendiquée. Le rêve n'est pas compris comme un univers distinct du monde éveillé, mais comme un outil pour accéder à nos sens élémentaires et leur capacité si directe bien qu'inconscientisée de saisir le monde. Par son travail, Sabine A. Fischer remet alors au même niveau les sensations et le cerveau, le corps et la raison, le brut et le façonné, les humain·x·es et non-humain·x·es.

Écrit par Isabelle Henrion.