Valeria Limongi

Née en 1995 à Basilicata (Italie), vit et travaille à Milan (Italie).

Une torchère industrielle flambant seule dans un champ, une percée étincelante derrière une montagne, une eau presque évanescente. La lumière est une altérité brumeuse, une entité étrangère, lien entre secrets telluriques et profondeurs célestes. Les études de Valeria Limongi en astronomie transparaissent dans les images qu’elle compose, science-fictives, presque dystopiques. C'est entre chien et loup que l'on navigue, paysages étrangements familiers, verts violacés, distorsions d'échos oubliés.
Les paysages contemporains sont marqués irrévocablement par l'activité humaine ; monocultures intensives, déversement de métaux lourds dans l'eau, destruction des habitats… L'extractivisme grandissant impacte différemment chaque typologie géographique en fonction de ses spécificités géologiques, politiques, économiques et sociales. Ces marques humaines sont souvent invisibles pour notre regard qui s'habitue à ces changements imperceptibles. Valeria Limongi fait émerger ces traces par sa pratique plastique et photographique, qui devient alors un prisme de perception. Elle vient révéler ce qui se cache sous les couches de la réalité et s'installe dans l'entre-deux du présent et du perçu. Ce moment suspendu, à l'orée du rêve, à l'orée des bois, à l'orée de la nuit.

Écrit par Andrea Malapert.

@valeria.limongi

résidence

07.01.26 – 28.02.26

Résidence Nuovo Grand Tour,
à Clermont-Ferrand
en partenariat avec DGCC, Institut Français Italia, Institut Culturel Italien de Paris.

ouverture d'atelier

26.02.26, 18:30

Ouverture d'atelier,
à Artistes en résidence, la Diode, Clermont-Ferrand

Regarder la lune ou le doigt ?

Un adage connu désigne d'idiot·e la personne qui regarde le doigt au lieu de s'émerveiller de la lune pointée par le sage. Mais est-ce vraiment si idiot de considérer ce doigt tendu, et donc d'interroger la position – valorisée et souvent privilégiée – de cellui qui indique la direction, qui détient l'autorité ? Dans un monde traversé de tensions idéologiques, de manipulation des informations, de médiation technologique croissante, n'est-ce pas sain de tenir compte de l'ensemble du système de production et de diffusion des savoirs ? De ne pas se laisser aveugler par la brillance séduisante de l'astre, mais de s'assurer des motivations de celleux qui orientent notre regard ?
Les trois artistes réuni·es lors de cette sortie de résidence, Sabine Fischer (DE/IS), Valeria Limongi (IT) et Javier Gonzalez Pesce (CH), partagent cette curiosité pour les outils – techniques, scientifiques, spirituels comme idéologiques – qui façonnent notre vision et notre vivre-ensemble. Iels décortiquent les manières dont les humain·es créent du sens, et accordent une place importante au rôle que jouent nos sensations et nos vécus dans ces processus de connaissance et d'interprétation de soi et du monde.

Écrit par Isabelle Henrion.

Valeria Limongi

Qu'est-ce qu'on trouve dans les zones d'ombres ? Peut-être cette partie de nous-même oubliée. C'est en tout cas ce qu'a recherché l'artiste Valeria Limongi durant sa résidence. Si elle prend en photo son environnement, c'est pour interroger la perception que nous en avons. Reproduire en image l'état de déréalisation qu'elle a déjà pu ressentir ; l'espace entre ce qui est là et ce qui est perçu. Donner à voir une nouvelle dimension de la réalité jusque-là occultée, avec ce qu'elle a d'effrayant et de fascinant.
En usant des artifices techniques offerts par la caméra, elle construit des images entre rêve et réalité, dont la douceur apparente finit par produire une inquiétante étrangeté. Telle la sirène dont le chant nous attire sous l'eau, l'artiste nous plonge au cœur de miroitements fugaces, à la fois enchanteurs et glaçants. C'est cette ambiguïté qu'elle sonde et dévoile : celle qui se révèle dans les photographies imprimées et décomposées en plusieurs strates, comme des décors mouvants. Ou celle des clichés au polaroïd, où l'artifice d'un filtre posé sur la caméra fait apparaître des altérités distantes.

Par son travail, Valeria Limongi nous questionne : est-ce qu'on ne se sentirait pas toustes étranger·ères à ce qui nous entoure ? Et sous l'eau ne sommes-nous pas confortables ?

Écrit par Andrea Malapert.